L'ethnopharmocologie selon J.M. Pelt

Homme de conviction et d’engagement, Jean-Marie Pelt est botaniste, pharmacien agrégé, et ardent défenseur de l’environnement. Dès 1971, il fonde l’Institut Européen d’Ecologie.
Ses missions scientifiques en Afrique, notamment au Togo et au Maroc, ainsi qu’en Afghanistan, lui font découvrir les remèdes traditionnels de ces pays.  C’est ainsi qu’il a remis l’ethnopharmacologie au goût du jour.

Santé Yoga Qu’est-ce-que l’ethnopharmacologie ?

Jean-Marie Pelt  C’était un mot éteint. Il s’agit en fait de l’étude des pharmacopées, des plantes, en relation avec les différentes cultures. D’une culture à l’autre, on ne fait pas la même utilisation thérapeutique d’une plante. C’est pourquoi, tester leur efficacité biologique sur le plan scientifique demande un travail en interaction avec le guérisseur. L’ethnopharmacologie est le fruit de la rencontre entre l’ethnologie et la pharmacologie, entre les sciences de la vie et les sciences de l’homme. L’objectif de l’ethnopharmacologie est également de répertorier les savoirs traditionnels qui peuvent se perdre.

S.Y. Quels sont les différents types de culture ?

J-M.P.  Les cultures sont extrêmement variées. Je distingue deux approches. Celles qui possèdent un savoir traditionnel reposant sur des textes écrits, je pense à la Chine, à l’Inde avec l’Ayurveda, au Monde Arabe avec les ouvrages traitant de l’usage de plantes médicinales. La seconde approche concerne les peuples qui n’ont pas laissé de traces écrites, comme les peuples premiers, les Indiens d’Amérique et d’Amazonie, les Indiens de Papouasie. Nous n’avons pas été confrontés à cette deuxième manière de faire qui est plus difficilement accessible.

S.Y. Y a t-il un risque de transposer une plante d’une culture à une autre ?

J-M.P. Sur le plan des connaissances traditionnelles et des valeurs, notre culture occidentale actuelle est marquée par une tendance à aller vers d’autres cultures, comme on peut le voir avec le mouvement New Age. C’est tout à fait intéressant, à condition de transférer ces plantes de manière responsable. Ingérer de but en blanc certaines plantes données par des chamanes amazoniens ne va pas sans risque d’accidents. Nous ne sommes préparés ni psychologiquement ni physiologiquement à être traités par des plantes qui n’appartiennent pas à nos traditions. Reporter les modes d’une culture à l’autre n’est pas dénué de risques pour la santé. Ce n’est pas une critique de ces traditions, bien au contraire,  ces plantes sont nouvelles pour nous, mais il s’agit d’abord de les étudier. C’est ce que permet la Société Française d’Ethnopharmacologie depuis plusieurs années.

S.Y. Cette attirance vers ces pharmacopées nouvelles ne naît-elle pas du vide en France  en matière de savoirs traditionnels ?

J-M.P. Oui mais aussi d’une grande curiosité de la part de l’Occident pour les autres cultures. Dans la mesure où notre culture est un peu défaillante, on cherche ailleurs, cela devient le supermarché des cultures. Dans cet ailleurs, on trouve des plantes intéressantes, mais prudence, il faut apprendre à les connaitre, être bien renseigné, être conseillé par le praticien, les vérifier en laboratoire. Par exemple, nous avons étudié vingt plantes conseillées par des guérisseurs. Après étude, quinze plantes manifestaient les qualités que les guérisseurs avaient indiquées. Sur le plan strictement biologique, cela vient confirmer la fiabilité des guérisseurs, sans être absolu.

S.Y. Vous dites, «La nature construit la psyché humaine», qu’en est-il alors aujourd’hui?

J-M.P La montée en puissance des technologies d’information et de communication fait aujourd’hui écran entre la nature sensible et les personnes. Par exemple, dans un jardin botanique, une des plantes avait fait l’objet d’un montage vidéo. Lors des visites, les gens n’allaient plus observer la plante, mais étaient uniquement absorbés par l’écran ! Beaucoup d’entre nous sont écologistes mais sans pour autant connaître la nature. Même si nous en parlons tout le temps, notre société en est éloignée. Nous sommes comme dénaturés. Le contact physique à la nature doit être retrouvé, c’est indispensable. Pour ma part, j’ai grandi en Auvergne, en profonde osmose avec la nature, cela m’a apporté un équilibre profond.

à lire• Carnets de voyage d’un botaniste, Jean-Marie Pelt, Franck Steffant, (Fayard)



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