BKS Iyengar - Témoignage

Lydie Drivière raconte ....

1988-2014 : 26 ans de ma vie, la moitié de ma vie partagée, emplie, teintée de l’existence de B.K.S. Iyengar ; qu’il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour appeler, avec aisance, reconnaissance et respect, comme le font de nombreux élèves ; « Guruji ». 

Je me souviens de mon premier cours de «  Yoga Iyengar » à Goa. J’avais déjà parcouru le monde, pratiqué l’aikido, la danse, différents sports, j’avais visité des ashrams, des temples, étudié l’anatomie. En un seul cours j’ai su que je pouvais rester là, que j’avais tout à apprendre, qu’une partie de mon existence était prête à éclore. 

En décembre 1988, A Pune, au Ramamani Iyengar Memorial Yoga Institute, Guruji célébrait ses 70 ans, il arrêtait d’enseigner les classes régulières pour laisser Geeta, sa fille ainée, continuer le travail de transmission. Mais Guruji n’a jamais cessé d’enseigner ; nous nous souvenons tous de ses interventions dans les cours de Geeta, des « méga-class » à Londres en 1993 pour ses 75 ans, puis pour ses 80 ans, pour le Jubilé de l’Institut en 2000, pour ses 90 ans. Jusqu’à son dernier souffle il n’a jamais cessé de transmettre avec passion, générosité, aussi bien à ses élèves les plus anciens qu’à un entourage beaucoup plus jeune, dont sa petite fille Abhijata.

Mais en 1988, j’ignorais ce qui se dessinait dans ma vie, j’ignorais tout du voyage qui s’annonçait, je m’y engageai avec certitude, avec conviction et avec la joie  tranquille de quelqu’un qui se sait sur la bonne voie. Suivirent presque deux années passées en Inde à expérimenter un rythme de vie basé sur la pratique du yoga, et lorsqu’il s’agit de « yoga Iyengar »  « pratique » revêt un aspect bien spécifique.

(inter) « Pratiquez depuis le cœur »

 Il s’agit non seulement d’effectuer les asanas- les postures-selon des séquences, des timings et des techniques précises, mais aussi de relier le système moteur, le système sensitif et l’intelligence… du cœur. Combien de fois avons-nous entendu Guruji dire : « Vous pratiquez depuisvotre tête, pratiquez depuis le cœur ! » Si cette phrase peut paraître mystérieuse, petit à petit elle prend sens. La « pratique » porte aussi sur le pranayama, qui ponctue le début de la journée.

Guruji a souvent parlé de ses débuts en occident, dans les années 50-60, lorsqu’il fut invité par Yéhudhi Menuhin. A cette époque, il faisait de nombreuses démonstrations, expliquait les postures sans insister  sur la philosophie, estimant que pour toucher le plus grand nombre de personnes, il valait mieux agir plutôt que parler, montrer les bienfaits du yoga par l’exemple.

C’est probablement un message que nous retiendrons : l’enseignement par l’exemple.

Beaucoup se souviennent de l’inauguration du RIMYI, en 1975. Bien qu’aujourd’hui, les différents immeubles construits aux alentours, signe d’un urbanisme  galopant en Inde,  l’étouffent un peu, ce lieu est, et restera, un lieu d’échange,  d’enseignement, un haut lieu de spiritualité.  Car à mesure que les décennies sont passées, Guruji nous a progressivement mis sur la voie de la philosophie grâce à ses ouvrages,  en insistant sans relâche sur « Astanga Yoga»  les huit piliers du yoga.

Pendant longtemps je suis allée en Inde au mois de Février. Depuis quelques années je m’y rendais au mois de Décembre. Dans le grand hall de pratique, il était entouré de son cercle d’élèves les plus proches à qui il s’adressait en particulier. Mais chacun pouvait s’approcher, écouter, regarder et retourner à sa place expérimenter une nouvelle approche posturale, souvent présentée par Guruji  en lien avec les Yoga Sutra,  la nature ou la musique. J’aimais ce mois, le mois de son anniversaire, célébré comme une simple fête familiale. J’aimais ce mois, jamais je n’avais imaginé qu’en décembre 2014 il ne serait plus là.

L’une des dernières phases qu’il m’ait dite, après m’avoir donné des conseils sur quelques postures difficiles :  « Practice with joy ! » « Pratiquez avec joie !» Cette phrase est peut-être la plus belle des leçons de yoga jamais entendue et  même si elle est une évidence, je devais l’entendre de sa bouche, de son cœur, son regard plongé dans le mien, son regard m’inondant de bonté et de chaleur !

Message bien reçu, cher Guruji, et je m’applique à le faire passer dans mon enseignement. Car si nous utilisons de nombreux supports matériels pour accéder à une belle qualité de pratique, l’enseignant a à sa portée d’autres supports comme l’humilité, l’humour, l’humanité et l’empathie qui sont capables de soulever un véritable élan de joie intérieure, sans objet. Lydie Drivière

http://www.yoga-iyengar-tours.fr

lydie.yogatours@free.fr

(c) Le Journal du Yoga 2014 paru dans le n°154 (dossier BKS Iyengar)

Veuillez patienter...