Pranayama de Sudhir Tiwari

Sudhir Tiwari proposera une Master Class au Yoga Festival Paris le 23 octobre 20156

Voir sur www.yogafestival.fr

Journal du Yoga :  Pourquoi pratiquer les pranayamas ?

Sudhir Tiwari Ce sont des techniques qui permettent de dépasser la respiration réflexe, par le contrôle du nez, du pharynx, du larynx, de la trachée, des bronches et bien sûr des poumons. Les Rishis* expliquent que nous sommes vivants grâce au prana, défini comme l’énergie vitale du corps mais également comme l’acte de respirer, notions intrinsèquement mêlées.

L’expérience d’années de pratique nous a montré que contrôler la respiration par le pranayama permet d’agir sur l’énergie, donc sur l’activité du corps, mais aussi sur l’intellect. À terme cela permet également de maitriser les flux émotionnels!

Dans le chapitre final de son livre, Swami Kuvalayananda* explique comment les exercices de pranayama vont influencer quotidiennement les différents systèmes du corps : nerveux, endocrinien, circulatoire et digestif.

JdY Comment organisez-vous la pratique
quotidienne entre pranayma et postures ?

S.T.  À Kaivalyadhama, nous enseignons aussi les précurseurs du pranayama que sont les kryas.  En nettoyant les canaux d’énergie, les impuretés des muqueuses nasales et autres, ces techniques de nettoyage préparent le corps aux exercices respiratoires. Nous préconisons la pratique conjointe des kryas et pranayamas avant le lever du soleil. Les postures seront pour un autre moment. Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas de se stresser et donc de vouloir à tout prix maintenir une séquence quotidienne. La pratique doit s’adapter à chacun et non l’inverse !

JdY Comment obtient-on la maîtrise de la
respiration ?

S.T. Très progressivement, en comptant, selon un ratio très précis. Pour commencer, vous apprenez à équilibrer le rythme entre un inspire et un expire deux fois plus long. Quand cette étape est bien acquise, la deuxième compte un temps pour l’inspire, un temps pour la rétention et deux temps pour l’expire : 1.1.2. Enfin le troisième niveau 1.2.2. va allonger la rétention à un temps équivalent à celui de l’expire.

JdY   Comment déterminez-vous le passage
à la rétention ?

S.T. Avant de faire des pauses il faut que les rythmes de l’inspiration et de l’expiration soient cohérents et bien contrôlés sur 8 secondes et 16 secondes. Alors nous proposons d’introduire la rétention à plein. Et nous observons la façon dont l’étudiant réagit, en prenant entre autres son pouls. On ne doit pas se sentir fatigué. On ne doit pas courir après « notre » respiration. Sinon le corps  prendra de façon réflexe le dessus au risque d’avoir des migraines. Nous incitons fortement les étudiants à suivre les étapes et à être accompagné !

JdY Pourquoi tant de précautions ?

S.T.  Pendant le temps de la rétention, l’oxygène est converti en dioxyde de carbone. Le pranayama qui notamment augmente le pourcentage de CO2 dans le sang vous permet de maitriser ce processus. Il agit sur la dilatation des vaisseaux sanguins, donc sur la vascularisation du corps et la détente. Mais c’est un gaz dangereux qui, au delà de 7% dans le sang, provoque l’asphyxie. Les études physiologiques que nous avons réalisées à Kaivalyadhama, nous ont permis de déterminer un ratio maximum pour la rétention de quatre fois le temps de l’inspiration (1.4.4). Ces données infirment ce qui est écrit dans nos textes anciens.

JdY En quoi cette pratique est-elle thérapeutique ?

S.T. C’est l’essence même du pranayama que d’être thérapeutique. Pour vous l’expliquer, il faut également parler de l’Âyurveda, la science sœur du Yoga. Son objet est la constitution physiologique et les échanges internes du corps : vatta, pitta et kapha. Par la prise des pouls, on examine, comment les différents systèmes du corps sont équilibrés. Les déséquilibres induisent des troubles physiologiques et mentaux, dépression, stress, troubles alimentaires etc. Les pratiques de pranayama rééquilibrent les doshas*. Si votre kapha est trop peu actif, par exemple, faites des kapâlabhâtis* si c’est le vatta qui est concerné on conseille plutôt le suryabhedana* pour un déséquilibre de pitta, shîtalî*.

Mais prenons un exemple plus concret de l’effet du pranayama. Un fumeur aime deux choses dans la cigarette la nicotine mais aussi le passage de la fumée dans la bouche. Une technique, toute simple, aide les fumeurs à compenser cette sensation, c’est sitkari*qui aide également le corps à se débarrasser de ses toxines. n(Propos recueillis par Pauline Lorenceau)

GLOSSAIRE :

* Rishis : sages de l’Inde

* Doshas : vatta pitta et kapha, humeurs et système descriptif de la constitution du corps dans l’Ayurvéda.

* Kapâlabhâtis : expiration abdominale, active, puissante et régulière

* Suryabhedana : inspiration par la narine droite, expiration par la narine gauche.

* Shîtalî : inspiration à travers la langue roulée en tuyau.

* Sitkari : inspiration à travers les incisives du bas.

www.kdham.org

Bibliographie :

• Prânâyâma, de Swami Kuvalayânanda, Kaivalyadhama.
www.kdham.org• «Exercices préparatoires à la pratique du Prânâyâma», de O.P. Tiwari, Kaivalyadhama. www.kdham.org

• «Prana, Pranayama, Prana Vidya», de Swami Satyananda , Trad M. Flak. Ed. Satyanandashram.


Veuillez patienter...