Marc Beuvain, l’indépendant


Interview recueilli par J. Lorenz, paru dans le n°174 Juillet-Août 2016 du Journal du Yoga

JdY Vous partagez votre temps entre la France, la Belgique, l’Angleterre, l’Italie et vous êtes parti en Guadeloupe monter la clinique du yoga, Vicitra. Que faites-vous dans ce centre ?
M.B. Vicitra est un centre dans lequel on accueille ceux qui ont décidé de reprendre en main leur santé, en fonction de leur état, au travers de trois clés ou trois outils pour retrouver une présence à leur corps : l’alimentation, le massage et la pratique du yoga, ou les trois en même temps.

JdY Marc, vous êtes souvent associé ou considéré comme un yogathérapeute...
M.B. Je refuse d’enfermer le yoga dans une boîte à outils thérapeutique. Le yoga est bien trop vaste pour cela. J’utilise les cinq aspects du yoga, dans le sens où j’accompagne ceux qui le veulent avec :
1. un yoga vitalité, renforcement musculaire, très dynamique, enchaînement très long, style ashtanga, qui permet la croissance et demande force, endurance, mémoire, agilité.
2. un yoga d’entretien, physique et mental, en groupe ou individuel (connu sous le nom de viniyoga).
3. un yoga sérénité, plus spirituel, où il est important de ne plus se laisser envahir par les émotions, qui favorise l’intériorisation, le centrage et la méditation, et inclut l’aspect respiratoire et méditatif.
4. un yoga thérapeutique, en fonction des gens qui viennent à ma rencontre, en cours individuel.
5. un yoga de la perfection, pour une élite, qui peut mettre en pratique tous les outils sans simplification et sans compromis. C’est le yoga de B.K.S. Iyengar qui s’en approche le plus.
JdY Quelle est votre pratique personnelle ?
M.B. Un yoga d’entretien, thérapeutique et spirituel. Ces trois catégories. Ce qui comprend une relation aux autres, ma relation à moi-même, mon alimentation, mon temps de sommeil ainsi que ma capacité d’être en vérité avec les autres. Le yoga sert à développer une relation au monde sans filtre, c’est-à-dire sans mémoire, sans croyance, sans émotion, sans conflit identitaire ; à accueillir le monde tel qu’il est, et non pas tel qu’on nous le présente.
JdY Alors, qu’est-ce qu’un professeur de yoga ?
M.B. Il est comme un chauffeur de taxi, quelqu’un qui cueille la personne là où elle est et l’accompagne là où elle veut aller, qui n’impose pas sa quête personnelle aux autres, quelqu’un qui ne se limite pas à enseigner ce qu’il est en pratique.
JdY Êtes-vous affilié à une fédération ?
M.B. Une fédération, c’est une structure pyramidale avec à la base des femmes (en général) qui assurent des cours de groupe ; au dessus, leur formateur, à qui l’on présente l’élève dès qu’il révèle une aptitude, et qui devient un rentier spirituel. Et au-dessus, il y a Dieu, un Indien mort qu’on fait vivre encore au travers de la croyance. Vous ne pouvez pas évoluer là-dedans. C’est un fonctionnement a-spirituel.
JdY Qu’est ce qui vous inspire alors aujourd’hui ?
M.B. Ce n’est pas dans le monde du yoga que je puise mon inspiration, mais plutôt chez ceux qui sont des yogis qui s’ignorent, chez ceux qui, avec intuition, ne se laissent pas pirater le cerveau. Les chercheurs, comme Lucien Cerise, qui réfléchissent à une autre ingénierie sociale, à l’autonomie, à la responsabilité. C’est pour moi l’aspect politique du yoga.
JdY Vous êtes assez radical ! Comment définiriez-vous l’apport du yoga ?
M.B. L’intérêt du yoga est de dompter l’humain, de le calmer, pour qu’il se mette au service de son autorité intérieure, de la vie, de la divinité qui le traverse. Comment ? En l’obligeant à se poser, à se concentrer sur son corps, sur sa respiration. Tout ce qui le ramène au moment présent, qui vient casser sa névrose, ses relations à la soumission, au futur, au passé, aux autres… L’éveil sensoriel est un moyen de se mettre au présent, de se libérer de l’emprise de l’émotion pour accueillir le monde tel qu’il est, sans filtre. Sinon, nous sommes dans la dualité, dans une petite dictature avec des valeurs humaines. On est bien dans les droits de l’homme, pas dans les droits divins.


JdY Et en pratique ?
M.B. Il s’agit d’assumer les conséquences de son ressenti et d’ainsi déprogrammer ses peurs. Je propose de se prouver à soi-même que ça marche, et de se rapprocher de qui l’on est. L’idée est de se rapprocher de qui nous sommes, de se suffire à soi-même. Le chemin n’est pas de se défaire de quelque chose. Le chemin, c’est de se mettre en pratique, alors tu trouveras tes peurs et tu les déprogrammeras !
JdY Qu’est-ce qui nous freine sur ce chemin ?
M.B. Pour évoluer en conscience, il faut un minimum d’ouverture, de clarté et de présence mentale. Dans le Hatha Yoga Pradipika, on dit qu’il est parfois difficile d’avoir suffisamment de présence mentale pour nous relier à notre propre corps. On est pris dans une sorte de léthargie mentale qui freine notre relation à notre corps. Dans ces conditions, on nous invite à la détoxination. On parle de lavement, de changement alimentaire. La santé de nos intestins est liée à notre clarté mentale. Avec le massage, par exemple, ce sont les mains de quelqu’un qui permettent de retrouver la présence du corps. Tout est au service de cette clarté mentale, pour retrouver, in fine, de l’intuition.
JdY Qu’est-ce alors que l’intuition ?
M.B. C’est cette compréhension de l’objet ou de la chose lorsque tu as réussi à mettre de côté ce que tu connais de l’objet, ce que tu imagines de l’objet et l’émotion que provoque l’objet en toi. L’intuition, c’est suffisamment de force mentale pour ne plus être soumis à sa programmation. Une politique de l’intuition n’est pas possible, par exemple, en étant soumis à l’émotion, ou même encore à une alimentation de réconfort, ce doudou alimentaire. Il ne s’agit pas d’enlever la viande ou le poisson de son assiette, d’enlever quelque chose mais plutôt de rajouter une relation à soi. Petit à petit, on se met en pratique, on met en pratique ce que l’on ressent, alors les peurs se déprogramment. Plus tu traverses tes peurs et plus tu les déprogrammes. Tu te prouves alors que cela marche, tu te rapproches de qui tu es. Tu te nourris de qui tu es. Le chemin n’est pas un régime relationnel ou alimentaire, c’est « va te mettre en pratique ». Si nous avons une autorité intérieure, nous ne cherchons pas pourquoi nous faisons les choses ni ne nous attachons aux conséquences de nos actions. Nous les faisons. On a une intuition. À ce moment-là, nous ne sommes plus soumis aux émotions.
JdY Qu’avez-vous contre les émotions ?
M.B. Rien. Il s’agit simplement de ne pas rester soumis à ses émotions car l’émotion vient débrancher ton cerveau. Dans ces conditions, tu ne peux plus voir la réalité telle qu’elle est. Elle freine la perception juste, la compréhension, l’intuition ; d’où l’importance de se calmer, d’aller reprendre en main la force mentale par le biais de la posture, de l’effort respiratoire... L’émotion gêne le fait de se mettre au service de son autorité intérieure, notre raison d’être.
JdY Votre projet est d’aider les autres à se reprendre en main ?
M.B. C’est ce qui m’anime depuis le début. C’est l’idée de changer de paradigme, d’accoucher enfin de nous-mêmes, d’accompagner et même d’accélérer ce processus. C’est un projet politique. L’idée est de reprendre en main sa santé mentale, physique et énergétique pour se rapprocher de soi-même et faire naître un nouveau bébé, nous-mêmes (ou qui nous sommes vraiment). De plus en plus de gens sont prêts à mourir à leur mémoire, à leurs conditionnements et à leur croyance, à regarder le monde différemment. Des gens (pas forcément dans le yoga) qui ne se laissent plus faire par la pensée unique, même s’ils sont encore confrontés à un entourage plus conservateur. C’est une lame de fond. Mais encore une fois, pour évoluer en conscience, il faut un minimum d’ouverture, de clarté et de présence mentale. Une fois que tu as retrouvé cette présence mentale, tu peux t’ouvrir à une compréhension intuitive du monde... et faire ton coming out spirituel.

Marc Beuvain +33 (0)6 31 04 59 08
www.marcbeuvain.com - www.sante.vicitra.yoga
info@marcbeuvain.com

Du 14 au 19 août, Stage intensif « L‘art de la détoxination. Yoga, alimentation vivante, massage » avec Marc Beuvain, Jessie Laverton et Julie Millet. À Saint-Valery-sur-Somme (80230). 450 € les 6 jours.  
www.sante.vicitra.yoga
Ce stage s’adresse à tout individu en quête d’indépendance et de liberté en matière de santé holistique. Il intéressera tout particulièrement les enseignants et thérapeutes en yoga, ainsi que tout professionnel du développement personnel et de la santé.

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