Citoyenne du monde

Le Journal du Yoga Ce n’est pas la première fois que vous venez en France. Vous étiez déjà venue à Orléans pour soutenir les faucheurs volontaires d’OGM...   
Vandana Shiva J’étais venue soutenir ce mouvement en 2006 parce qu’il s’agissait du même combat que celui que nous menons chez nous : libérer l’agriculture de la domination des multinationales et la soustraire à la contamination des OGM et au monopole de l’ingénierie génétique.

JdY Votre lutte contre les OGM remonte aux années 80. Qu’est-ce qui a été à l’origine de votre engagement ?
V.S. J’ai commencé à lutter contre les OGM en 1987, lors de la septième conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement. Je me suis alors aperçue qu’il s’agissait d’une stratégie pour prendre le contrôle sur notre santé et sur notre alimentation. Les firmes de l’agrobusiness n’arrivaient pas à dire aux paysans : « Cette plante est à moi, c’est mon invention. » Mais en créant des OGM, c’est-à-dire en rajoutant un gène toxique à la plante, ils pouvaient affirmer que c’était eux qui l’avaient créée, et qu’ils pouvaient désormais la leur vendre. Mais ajouter un gène toxique ne remplace pas dix mille ans de travail créatif de la nature, des paysans, des femmes, ni ne crée les prochains dix mille ans d’évolution. Un gène toxique leur a donné la propriété sur le vivant. Au lieu de reconnaître à ces entreprises des droits exclusifs de propriété intellectuelle sur le vivant, on devrait les poursuivre en justice pour contamination alimentaire.


JdY C’est donc pour ça que vous avez créé la devise « GMO pour God, move over » ?
V.S. Oui ! Les ingénieurs de la biotechnologie agricole travaillent dans leurs laboratoires pour résoudre des problèmes qui sont bien au-delà de leurs capacités. Ils jouent à être Dieu. D’où le « GMO : Dieu, pousse-toi ! C’est nous le Créateur ! La nature, l’évolution, c’est nous maintenant ! ».

JdY Vous êtes à l’origine de l’« Alliance globale pour la liberté des semences », qui met en garde les citoyens du monde entier contre la fragilité de notre sécurité alimentaire. Quelle est sa relation avec Navdanya ?
V.S. À Navdanya, on travaille pour la sauvegarde des graines. La semence est l'expression même de l'intelligence de la terre. Elle constitue le premier maillon de la chaîne alimentaire et incarne des millénaires d'évolution. Les semences sont des biens communs qui renforcent la cohésion sociale. Autour d’elles émerge une organisation socio-économique inspirée par la façon dont les communautés paysannes ont coopéré librement pendant des millénaires. Cette liberté est aujourd’hui remise en question par les industries semencières multinationales. La campagne pour la liberté des semences est un appel aux citoyens du monde entier à réagir pour défendre les semences car défendre la semence, c’est défendre la vérité et la liberté.

JdY Comment imaginez-vous le système mondial pour lequel vous vous battez ?
V.S. Je lutte pour un monde où les firmes agrochimiques ne pourront plus s’approprier les ressources naturelles ni breveter le vivant, un monde où disparaîtront le bio-impérialisme et la bio-piraterie. Je ne crois pas que la technique puisse répondre à un défi aussi grand que celui que doit affronter l’être humain aujourd’hui : inventer une cohabitation durable qui ne détruise pas et n’épuise pas les ressources disponibles pour atteindre ces buts. Je pense que l’avenir doit être façonné par la défense du meilleur dont nous avons hérité : la vie.

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