Qui est vraiment le premier ministre de l’Inde?

Nationaliste. Le mot est posé. C’est le principal reproche adressé à Narendra Modi. Dans les années 2000, alors qu’il est ministre en chef de l’état du Gujurat, état frontalier avec le Pakistan, de violents affrontements interconfessionnels provoquent deux mille morts parmi la population musulmane. L’actuel premier ministre fut accusé de complicité. Entre ceux qui le soupçonnent d’être un dangereux extrémiste nationaliste, et ses partisans, deux thèses s’affrontent.
A coup d’actions économiques, politiques et symboliques, il prétend restaurer la fierté nationale après des années de corruption et de mesures inefficaces. Sa réputation se fonde sur deux mots : « efficacité » et « détermination ».
Issu d’une caste inférieure, ancien vendeur de thé, c’est un self-made-man qui plaît aux milieux économiques. Exemple anecdotique mais quelque peu effrayant, de cette «efficacité» : le camp d’entraînement de yoga que doivent suivre chaque année tous les hauts fonctionnaires de son administration du Gujurat. Ils y pratiquent des exercices élaborés par le chef du gouvernement lui-même … Ce natif du signe de la Vierge, serait-il un brin autoritaire ? Il aurait en tout cas quelques difficultés à déléguer. Il le faudra pourtant car le Premier Ministre voit grand. Il caresse en effet le doux rêve d’inaugurer une renaissance indienne : selon "l’hindutva", une idéologie qui stipule que l’Inde est intrinsèquement hindoue.
Un de ses premiers faits d’armes après son accession au pouvoir consista à mettre l’astrologie védique au même rang que d’autres disciplines universitaires, comme la physique ou la biologie. Par là même, il marquait son indépendance à l’égard de la suprématie occidentale en matière de savoir. Dans la même lignée idéologique, le 4 janvier dernier, les plus grands scientifiques du pays étaient réunis sur le campus de l’université de Bombay en présence du Premier Ministre. En s’appuyant sur de très anciens documents rédigés en sanskrit, ils ont affirmé  qu’il y a près de huit mille ans, des avions volaient en Inde.
Le docteur Harsh Vardhan, a rappelé que c’était à l’Inde que l’on devait l’algèbre, élaborée à la fin de l’Age védique (1750-500 avant J-C). Sous la présidence de Narendra Modi, difficile de ne pas y voir une exploitation de l’histoire du pays à des fins politiques.  
De récentes initiatives du premier ministre, connurent un retentissement international. Comme le fait de doter son pays d’un ministère aux médecines traditionnelles telles que le yoga ou l’Ayurveda, ou son action diplomatique en faveur d’une journée mondiale du Yoga fédérée par l’ONU. Ces actions ont révélé sa volonté sans faille à faire reconnaître aux yeux du monde l’héritage précieux de l’Inde et dont il semble vouloir être le garant.
Le premier ministre serait-il un ascète raté pour défendre le yoga et autres savoirs avec une telle ardeur ? Ancien moine renonçant,  il opta finalement pour l’engagement, non moins sacrificiel, de la politique. Surtout lorsque l’on sait que la RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh), l’organisation d'extrême-droite dans laquelle, jeune homme, il s’engagea, impose le célibat pour ses membres les plus dévoués.  Depuis huit mois, il mène surtout des actes symboliques forts, dans le but de raviver une fierté nationale, indépendante, qui ne doit rien à l’Occident. Pour autant, y a-t-il des raisons de craindre le BJP et Narendra Modi ? Le pays compte d’innombrables factions terroristes. La moindre étincelle risquerait de rallumer les tensions. A moins qu’avant, tous ce se soient convertis au yoga.

Extrait du la rubrique société du Journal du Yoga

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