Sri Mahesh

une étoile du yoga

Certaines vies ressemblent à des œuvres d’art ou à des asanas :
l’harmonie de leurs courbes donne l’impression d’un accomplissement simple et apaisant. Telle est la vie de Sri Mahesh Ghatradyal, qui s’est éteint en 2007 à Paris. Cet éminent sportif, fils adoptif de Françoise Dolto, a enrichi la France de culture indienne.
Yogi hors pair, il inaugura la pratique en France.

La pure tradition

A première vue, les Dieux se montrèrent peu cléments à son égard. Né  dans les années vingt en Inde du Sud, Sri Mahesh est orphelin de ses deux parents. Indice annonciateur d’une existence détachée des liens de famille, consacrée au service de sa patrie, Mother India ? Peut-être. Une mère sublime et exigeante, qui lui imposera un exil au format hexagonal. 

Sri Mahesh a embrassé son devoir avec confiance. Son enfance baigne dans l’atmosphère de la plus authentique spiritualité des Védas : sa grand-mère l’envoie dans l’ashram de la tradition Virashaiva de Shivayogamandir où il est entraîné au yoga dès l’âge de cinq ans. Il conservera de son séjour à l’ashram l’enseignement de la pure tradition, les levers à 5h du matin, la foi, le lien à son maître, la sérénité. «C’est ma grand-mère qui a tracé ma destinée en me confiant à un math»,  reconnaîtra t-il plus tard.

Celle-ci, consciente du potentiel de son petit-fils, veille sur son éducation, qu’elle complète d’un séjour au sein d’une mission protestante afin qu’il se familiarise avec la langue anglaise. Au milieu des années 40, il est étudiant à la faculté sportive de Bombay ; son palmarès d’athlète - en Inde, il est champion  de course-à-pied - le conduit au-delà de ses frontières : «le directeur de la faculté a organisé une collecte pour financer le billet d’avion de Sri Mahesh vers l’Europe afin d’y représenter pour la première fois l’Inde aux Jeux Olympiques Universitaires de Paris» explique Sushila Ghatradyal, sa fille aînée.

En 1947, l’Inde connaît ses prémices officielles d’indépendance. A l’Ouest, en Europe, la France se remet péniblement de la guerre. «Lorsqu’il est arrivé en France en 47, il avait une vingtaine d’années. Le rationnement était en vigueur. En tant que végétarien, il a souffert !» raconte Monique Mahesh.

 Il a la possibilité de séjourner en Angleterre. Il choisira la France : «Il a préféré revenir en France, la faculté à Londres pour les Indiens dans le contexte de la décolonisation, ce n’était pas très favorable.  Il est devenu pensionnaire à l’ENSEP (Ecole Normale Supérieure d’Education Physique et Sportive) à Joinville, il ne maîtrisait pas le français. Seuls les communistes acceptaient de partager leur chambre avec un Indien» poursuit-t-elle, amusée. «Comme l’été, il se retrouvait seul, puisque tous les pensionnaires rejoignaient leur famille, il était monté au hasard dans un train pour la Normandie, dans l’espoir de travailler dans une ferme, en échange de quoi les fermiers lui fournissaient du lait, indispensable à un sportif »

Ses escapades l’amènent sur la Côte d’Azur des années 50 : «Il a séjourné à Juan-les Pins, où il était plagiste. C’est là qu’il s’est brisé une côte … et qu’il se l’ait ré emboitée tout seul, à la main!». Monique Mahesh en grimace encore. Sri Mahesh ne cesse de s’entraîner. «Pour la première fois lors des compétitions était dressé le drapeau indien, encore marqué « Hindustan».

«La légende raconte que c’est à l’abbaye de Royaumont, lors d’un colloque que Sri Mahesh s’est lié avec les Dolto». Boris Dolto, le mari de Françoise Dolto s’intéresse à la respiration dans le cadre de ses propres recherches de kinésithérapie. Une amitié naît entre le Russe et l’Indien. «Leur condition d’étrangers les rapprochaient» explique Meera-bai, sa fille cadette. Et tous deux sont porteurs de savoirs inestimables. «Il leur a fait partager sa culture et son éducation traditionnelle indienne et en retour le couple Dolto l’a initié aux différents courants de la pensée occidentale».

Catherine Dolto, la fille de Françoise, témoigne dans un numéro spécial du magazine Yoga et Vie : «Comment Françoise Dolto, Boris Dolto et Mahesh se sont enrichis les uns les autres de leurs expériences et de leur créativité mutuelle, comment en cheminant au fil du temps, ils se sont fécondés spirituellement, nul ne le saura jamais, amis, le fait est indéniable, il s’est passé quelque chose d’important. Chacun cherchait à sa manière l’humain dans sa globalité».

L’amitié avec les Dolto

Sri Mahesh devint si proche de la famille Dolto qu’il en sera considéré  comme un membre à part entière. «En 1952, Françoise l’a invité à présenter des postures de yoga dans l’amphithéâtre de la Sorbonne. Les connaisseurs de l’Inde étaient essentiellement des intellectuels. Ils n’avaient jamais pratiqué. Dans ces années, il rencontre Swami Siddheswarananda du centre védantique Ramakrishna. C’était un coup du sort, car ils étaient indiens tous deux originaires de la même région,  le Karnataka, ce qui signifie qu’ils parlaient la même langue. A l’époque en France, c’était plutôt rare ! Mon père souhaitait retourner en Inde, mais le swami, devenu son maître, lui fit promettre en 1957 de rester en France pour diffuser la culture indienne, alors seulement connue d’une petite élite », dit Meera-Baï.

Le sport a permis à Sri Mahesh de faire connaître le yoga ; bientôt c’est par l’intermédiaire de la médecine qu’il révèle ses bienfaits : «Ses capacités respiratoires ont intéressé les médecins, il se prêtait volontiers à leurs expériences. Il collabora ainsi avec le Docteur Baumann de l’Institut de Recherche Suisse. Ils l’ont envoyé faire des stages chez le professeur Niels, pour tester sa résistance au froid dans ce que Sri Mahesh appelait le « Grand Nord », c’est-à-dire la Suède !».

En résulte chez Sri Mahesh une fine connaissance anatomique : «Les gens qui ont été manipulés par lui s’en souviennent, il avait une intuition des choses, il sentait intuitivement ce qui coinçait». Jean Filliozat, médecin, comprend l’utilité que représente le yoga pour la médecine et deviendra un fidèle ami et soutien.

Une invite à la connaissance de soi

Sri Mahesh est le premier à donner une structure à l’enseignement du yoga en créant en 1969 la Fédération Française de Hatha Yoga (FFHY), dont le but est de faire connaître cette discipline au public. Et, en 1981, l’École Internationale du Yoga Traditionnel (EIDYT), vient compléter ce programme par la formation d’enseignants.  Ces deux associations fusionnent en 2008. «Sri Mahesh a toujours situé le yoga dans son contexte indien et traditionnel. Il considérait cet enracinement comme primordial. Dans la religion, ce n’est pas à Dieu de se mettre au niveau des hommes mais à eux de tendre vers lui. C’est l’idée qui prévaut avec le yoga de la tradition,  sans quoi on gomme l’effort». «Aujourd’hui, le Yoga est devenu un terme générique. Il dit lui-même que cela aurait été facile de devenir une sorte de gourou. Le yoga traditionnel est indissociable de la dimension spirituelle» dit Monique.  «Je dirais plutôt que c’est une «ouverture» vers les autres, un dépassement spirituel, chacun va pouvoir cheminer car le yoga tourne l’individu vers lui-même en lui apportant un bien-être personnel, ajoute Meera-Baï. Lorsque l’on pratique pendant des années, on parvient au-delà des mots, le professeur a alors accompli sa tâche, et vient la méditation. Il disait d’ailleurs «parlez moins, écoutez plus». C’est un yoga qui invite à la connaissance de soi». Des textes des Védas, Sri Mahesh tire la quintessence, ce qui fera de lui un témoin rare et particulier des évolutions et errements des sociétés occidentales.

 (….suite dans le dossier du n°143 de Santé Yoga avec beaucoup de photos orginales)

Dans les régions rurales de l’Inde, l’accès aux soins est une problématique que tente de combattre l’association France-Inde-Karnataka. C’est pourquoi, en cette fin d’année 2013, un projet novateur sera lancé pour faciliter l’accès à l’hôpital et améliorer la qualité des soins.

www.donnonslavie.org

FFHY, la Fédération Française de Hatha-Yoga réunit plus de 700 professeurs et plus de 10 000 adhérents. Représentée en France dans 10 antennes régionales, elle est liée par une convention à la Ligue Francophone de Hatha Yoga de Belgique.

wwww.ff-hatha-yoga.com


Veuillez patienter...