Micheline Flak, mission accomplie

Par arrêté du ministre de l’éducation nationale, en date du 4 juillet 2013, l’association « Recherche sur le Yoga dans l’éducation » (RYE) qui apporte son concours à l’enseignement public, est agréée pour une durée de cinq ans. L’agrément est étendu à ses structures locales.
Ce qui veut dire que le yoga fait officiellement son entrée à l’école.

Santé Yoga  Voici donc la consécration : le yoga entre officiellement à l’école par le biais de l’association que vous avez créée en 1978, le R.Y.E. Comment cela est-il arrivé ?

Micheline Flak  La consécration est venue à la suite  d’un parcours de longue durée, relayé par un article récent publié dans Le Monde. J’avais déposé un dossier au ministère qui a été impressionné par l’impact du yoga dans la presse. Au début juin, une lettre du Ministre m’annonçait la nouvelle. J’avais entamé l’innovation dans les années 70 alors que j’enseignais l’anglais à Condorcet.  La  consécration  arrive 40 ans plus tard. Entre temps, j’avais toujours gardé à l’esprit  la certitude  que le yoga pour les jeunes serait reconnu à condition qu’il y ait des éducateurs éclairés pour le transmettre. Pendant  cette traversée  avec le soutien d’une équipe motivée, j’ai mis au point une formation.

S.Y.  Quel genre de formation ? 

M.F.  J’ai  toujours été  à l’affût de techniques pédagogiques de pointe. Je cherchais à rendre les enfants plus heureux et plus performants  à l’école.  Je m’étais aperçue qu’en pratiquant le yoga, j’étais moi-même  moins fatiguée et de plus en plus désireuse d’enseigner autrement. Un jour,  j’ai fait aux élèves une séance de relaxation avant le cours. J’ai été frappée de leur meilleure écoute, meilleures relations entre eux et  avec moi, meilleure participation. L’apprentissage était favorisé. Les enfants étaient ravis.

S.Y.  Et les parents ?

M.F.  Les parents disaient : «Vous êtes professeur d’anglais, pas de gymnastique !» J’ai donc donné les cours de yoga en anglais. Les élèves étaient enthousiastes et on se réunissait toutes les semaines entre profs pour faire le point des expérimentations en classe. On repérait les exercices à adapter  selon les âges.

S.Y.  Qu’avait le yoga, selon vous, à voir avec l’éducation ?

M.F.  Les pulsions et les instincts de l’être humain l’apparentent en grande partie à l’animal. L’éducation consiste à l’amener à la conscience témoin. Il ne s’agit pas de refouler l’animal en nous mais de le dépasser pour devenir pleinement humain.  L’intérêt pour une expérience si neuve est vite né à la fois  dans le monde du yoga et celui de l’éducation. On  m’invitait en France et à l’étranger pour présenter les techniques RYE et former des enseignants. Beaucoup pratiquaient le yoga. Ils voulaient innover à leur tour. Les méthodes mises au point à Paris,  à partir du laboratoire qu’était la salle de classe, ont commencé à faire le tour du monde. Peu à peu s’est révélé le rayonnement du R.Y.E. devenu association internationale. Depuis longtemps, j’attendais avec une patience mâtinée de raison que la reconnaissance soit officielle.

S.Y.  Qu’est-ce qui freinait ?

M.F.  Dans le public, il y avait, vous vous en souvenez, des soupçons de secte, mais j’ai vite été disculpée. L’école est fondamentalement laïque, ce que j’ai toujours respecté. J’ai présenté le yoga comme une science  conteneur de multiples techniques qui n’avaient qu’un but : amener le calme intérieur chez les enfants et les enseignants. Les progrès étaient évidents quant à mes trois exigences : créer une bonne ambiance dans la classe, détendre les élèves pour qu’ils soient plus attentifs, favoriser l’acquisition des connaissances.

S.Y.  Pouvez-vous donner un exemple d’exercice ?

M.F.  J’aime  l’état de la classe, le silence habité qui règne même pendant une minute, quand on demande aux élèves de fermer les yeux et de ressentir leur souffle dans les narines. Cela surprend chez nous. En Orient, on a la notion  qu’il est possible de prendre en main son évolution sans violence, à petit pas, par la répétition et l’observation de soi.

S.Y.  Comment vivez-vous cette consécration?

M.F.  J’ai l’impression d’avoir accompli ma mission. Je passe la main à une équipe excellente qui perpétuera la qualité du R.Y.E. Je n’ai été que l’ouvrière d’un mouvement qui demandait à naître. La popularité du yoga dans la société contemporaine y a beaucoup contribué. Victor Hugo, l’auteur favori de ma mère a dit : « Rien ne peut arrêter une idée dont l’heure est venue ».,

S.Y.  En quoi consiste pour vous le travail du yoga ?

M.F.  En un don. Je pratique le karma yoga qui est un moyen de mener une action juste en société. Il n’existe pas une seule forme de yoga, celle qu’ont repérée les Américains avec tenue sport adaptée. Le hatha yoga est certes  favorable à la santé. Je le pratique un peu tous les jours. Le raja yoga m’a toujours fascinée. Il favorise la concentration. Le bhakti yoga ouvre le cœur aux autres, au chant, à la  musique. A la Bihar School*, j’ai découvert la réalité d’un yoga qui épouse tous les secteurs de la vie et qui prend des costumes différents selon les circonstances et le genre de vie qu’on mène. Toutes les formes de yoga interviennent à un moment ou à un autre de la journée. Grâce à ses multiples identités qui sont venues se déclarer à la mairie de l’Humanité, le yoga est devenu universel.

S.Y.  Pouvez-vous revenir sur le rapport du yoga à l’éducation ?

M.F.  Pour ma part, j’ai toujours aimé enseigner et apprendre. La notion de transmission par l’exemple est fondamentale. Celle-ci demande de la variété. Prenez l’éducation à la santé. La santé est une émanation de l’être tout entier. Donner du sens à toutes les parties de sa personnalité la favorise. En cela, on suit la loi de l’alternance: travail/repos. Je sais, par exemple, m’abstraire de mon occupation pour faire des mouvements d’yeux, des étirements, boire un verre d’eau, méditer. J’écoute mon corps : il a des revendications physiques et spirituelles. Quand on les écoute, elles vous transfèrent de l’énergie. Notre constitution exige le respect des différents cercles de notre population intérieure, nos koshas

S.Y.  On dirait que vous êtes sans cesse en train de vous « éduquer ».

M.F.  Pour moi, l’éducation, c’est un parcours qui dure toute la vie. En ce moment, je m’éduque intérieurement. Par exemple, je découvre tous les jours davantage la notion qui consiste à déléguer. Le détachement tel que le prône le yoga, n’est pas  la sécheresse du cœur. C’est  l’obéissance aux lois de la vie. On accepte les changements  sans être désemparé, submergé. On apprend à garder en souplesse les deux pieds sur terre pour réagir de façon correcte aux circonstances, où que l’on soit.

S.Y.  Appréhendez-vous la mort ?

M.F.  Non. La seule chose qui m’ennuierait c’est de n’avoir pas mis en ordre ce que je prévois : rééditer un ouvrage  sur Thoreau que j’ai publié autrefois  chez Seghers, réviser et augmenter l’édition du livre Yoga Nidra.

S.Y.  Lors d’une prochaine vie, peut-être. Croyez-vous à la réincarnation ?

M.F.  Je ne formule pas d’idées là-dessus, aucune preuve à avancer. Ce concept répond à une intuition qui n’entre pas dans mon enseignement officiel.

S.Y.  Parlez-nous de vos gurus.

M.F.  Thoreau* fut mon premier Maitre. Son chef d’œuvre Walden  a retenti comme un appel qui a résonné  au plus profond de moi. Grâce à lui, j’ai découvert la recherche intérieure, la philosophie de l’Inde,  la fidélité au dharma. J’ai fait une thèse sur lui. J’attendais la suite qui s’est manifestée en la personne de Swami Satyananda rencontré  en 1968, lors de sa première tournée en Europe. Il était venu donner une conférence dans une belle salle située dans la rue ou j’habitais. Il avait 45 ans à l’époque, c’était un yogi confirmé en robe orange, au visage avenant, beaucoup d’humour, de petite  taille mais des yeux à la Picasso faits pour voir ce qui devait être vu, doué de l’éloquence naturelle des êtres pénétrés de ce qu’ils disent, capables de passionner n’importe quel auditoire. Lors d’une entrevue, il m’a dit connaitre bien Thoreau. L’intellectuelle que j’étais s’est sentie confortée. Il m’a introduite à la  merveilleuse pratique de son yoga intégral que j’ai longuement étudié.  En 1980, j’ai traduit et présenté Yoga Nidra son premier livre publié en France. Dans les années qui ont suivi, un grand changement s’est opéré en moi sur le plan psychologique et celui de la créativité. Je rêvais d’innover, de donner de la joie à mes élèves. J’attendais le moment mais le système était contraignant. Et puis, j’ai pu… quand même ! Swami Satyananda  était porteur d’une inspiration hors du commun pour moi  comme pour des milliers d’autres lecteurs, auditeurs, disciples. Invité deux fois par Andrée Buisine la Principale de Condorcet, il est venu parler sur mon terrain à  des publics d’enseignants, d’élèves, de journalistes, d’inspecteurs pour les convaincre que le yoga était destiné à  jouer un grand rôle  dans l’éducation.


*Henry-David Thoreau (1817-1862), philosophe, essayiste, poète américain, auteur du célèbre

« Walden ou la vie dans les bois » (1854)

*Jubilé d’Or de la Bihar School of Yoga

A MUNGER en octobre sous la direction de

Paramahamsa Niranjanananda Saraswati.

A lire

« Des enfants qui réussissent », Micheline Flak et Jacques de Coulon (Desclée de Bower)

Thoreau (Seghers) - épuisé

Carnet d’adresses

• Jubilé d’Or de la Bihar School of Yoga

A MUNGER en octobre sous la direction de

Paramahamsa Niranjanananda Saraswati.

http://yogavision.net/world-yoga-convention/about-wyc/golden-jubilee-and-wyc-2013/

www.rye-france.fr

www.satyanandashram.asso.fr


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