voyage au cœur des rêves

Pierre Etevenon est un scientifique reconnu pour ses recherches sur la conscience, notamment à l’INSERM dont il est actuellement directeur de Recherches honoraire.
C’est une
« expansion » de conscience imprévue qui a sans nul doute orienté ses recherches sur le monde des rêves et de la conscience.

Santé Yoga : Votre parcours, dès ses débuts, passe aussi par l’Inde, par le yoga. Votre recherche concerne directement les pratiquants du yoga car vous êtes avant tout un explorateur passionné du réel, de l’esprit, et de leurs interrelations. Quelle est l’origine de cette double vocation, de scientifique innovateur et de chercheur spirituel ? 

Pierre Etevenon : Dans mon enfance, curieux de nature, je démontais tous les objets tels que réveil, radio, vélo solex… pour comprendre de l’intérieur leur fonctionnement, au grand dam de mes parents ! L’exploration du mystère des choses a toujours été pour moi un moteur essentiel de ma vie. Ce rêve d’enfance a pris corps peu à peu, tout en préservant la dimension de l’esprit, et pas seulement l’approche mécaniste du monde que je ne renie pas non plus. 

S.Y. Que vous a apporté cette archéologie du réel ?

P.E. Dans les années soixante, après mes études universitaires, j’ai d’abord été ingénieur chimiste avec une première thèse en chimie organique. J’ai ensuite participé à un protocole médical pour un nouveau produit. C’est alors que je fis une expérience décisive, de type chamanique, en devenant l’Arbre de la création ! Cette « expansion » de conscience imprévue a sans nul doute orienté mes recherches sur le monde des rêves et de la conscience. Je suis parti après à Princeton étudier les effets des substances hallucinogènes. De retour à Paris, je suis devenu chercheur à l’INSERM dès 1967 en neuro-psycho-pharmacologie puis en psychiatrie au Centre Hospitalier Sainte-Anne après avoir reçu le grade de docteur ès sciences. J’ai dirigé une équipe de recherche qui « auscultait », au moyen d’électro-encéphalogrammes quantifiés sur ordinateur, les ondes émises par le cerveau dans trois états différents : les «états de conscience pathologiques» ;  «naturels» comme l’éveil et les stades de sommeil avec ou sans rêves ; les «états de conscience modifiés volontairement» comme la méditation profonde. J’ai ainsi rencontré d’éminents méditants qui ont accepté ces expériences dans les années soixante-dix, parmi lesquels Taisen Deshimaru, le fondateur du zen en France, ou Lilian Silburn, indianiste spécialiste du Shivaïsme du Cachemire.

S.Y.Cette expérience fondatrice du rêve cosmique a orienté votre vie car dès lors vous n’avez cessé de scruter les mystères de la conscience et de l’esprit. Racontez-nous la genèse de « Des rêves pour changer votre vie », votre dernier livre.

P.E. Tout s’enracine dans la question qui suis-je qui n’a cessé de me tarauder, en écho avec celle, tout aussi énigmatique de qu’est-ce que le réel ? Le rêve, si l’on y prête attention, nous fournit un véhicule idéal pour explorer la part cachée de notre être, de notre présence au monde: pourquoi ne pas devenir alors des onironautes curieux, des voyageurs des rêves, par les rêves, au cœur des rêves ? Pratiquant le yoga avec mon épouse Micheline Etevenon qui l’enseignait, nous avons souhaité rencontrer « La Mère » dès 1970 qui fut la compagne spirituelle de « Sri Aurobindo » à l’ashram de Pondichéry. Nous avons alors approfondi l’exploration «en vigilance » des rêves, dans un état de conscience où veille l’antaryamin, le témoin ou sujet conscient. C’est par cette expérience de deux modes de présence au monde (la veille et le sommeil), que peut naître la présence éveillée au Soi. Dans la philosophie indienne, on appelle cela coïncider avec le « quatrième état » (Turya) perçu comme le socle de la vie consciente, impersonnelle, universelle. C’est aussi l’accès au Cœur, pour lequel tous les maîtres spirituels unanimement déclarent : «cherchez là et vous trouverez!». C’est au contact de ces deux maîtres indiens que s’est imposé à mon esprit la «psychologie intégrale des rêves.» 

S.Y.Un aspect particulièrement intéressant et accessible réside dans le caractère thérapeutique de la créativité onirique, orientée, lucide. Vous évoquez plusieurs types de rêves, dont certains vous ont aidé à élaborer intuitivement des solutions dans les problématiques scientifique, et aussi à «reprogrammer» votre vie. Vous mentionnez cet adage étonnant : «rêver, c’est informer l’avenir» (Gérald Neveu). Comment, concrètement, les rêves peuvent-ils nous aider et comment transforment-ils notre existence en un champ de recherches ?

P.E. S’endormir, rêver, participent d’un lâcher-prise initial : pour plonger dans le sommeil, il est nécessaire, en amont, de se désintéresser du monde et des mouvements de surface. N’est-ce pas le même processus dans la méditation ? Pour expliquer les rêves, j’ai proposé le modèle de « l’ascenseur des rêves », où l’être intérieur, l’être psychique, voyage entre les divers « étages » de notre vie intérieure qui relie le plan des pulsions, des émotions, des pensées, de l’intuition, et de l’ineffable, entre le passé et le présent, mais aussi le futur, car tout est en interconnexion.

S.Y. Cette ouverture est particulièrement intéressante car elle renvoie à des travaux novateurs en physique quantique notamment. Vous entrez en dialogue avec des scientifiques comme le physicien Philippe Guillemant, auteur d’une théorie qui fait écho à votre pensée du réel : la rétro-causalité.

P.E. Un rêve peut alors devenir un voyage dans l’espace-temps. La science aujourd’hui découvre des horizons d’ignorance ! Il s’agit de penser différemment, d’inventer d’autres modèles du réel. 

S.Y. Vous qui avez depuis votre enfance recueilli plus de trois mille rêves, diriez-vous qu’ils sont porteurs de sens et qu’ils contribuent à mieux comprendre la nature de la vie et le rôle que nous avons à jouer dans cette existence ? Cela peut-il changer notre regard sur les autres civilisations, comme les peuples dits archaïques qui pratiquent l’art du silence ou la culture du songe ?

P.E. Le tome 2 du livre qui vient de paraître donne des exemples choisis de mes récits de rêves. Avec de plus en plus d’attention, nos rêves peuvent devenir des chemins de vie, voire des enseignements initiatiques ! Les consciences communiquent entre elles, et avec le monde. Des peuples premiers pratiquent le « rêve lucide » pour se relier à une réalité au-delà. C’est un exemple de la richesse créative de l’esprit, universellement partagée. Devenir plus conscient de nos rêves nous rend attentif à ceux des autres et à notre être intérieur. 

A lire

Les aveugles éblouis, Du rêve à l’éveil, L’Homme éveillé, États de conscience, sophrologie et yoga, Des rêves pour changer notre vie, tomes 1 et 2., Pierre Etevon (ERICK BONNIER  éditions.), 

Le Sanskrit, souffle et lumière : Voyage au coeur de la langue sacrée de l’Inde, Colette Poggi, Almora

Carnet d’adresses

• www.sgdl-auteurs.org/pierre-etevenon


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