L'homme qui plante des arbres

L’homme qui plante des arbres

Urbanisation, sècheresse endémique, monoculture, déforestation, les sols de ce territoire n’étaient plus qu’aridité. La flore, autrefois abondante, avait progressivement disparu, le ciel était souvent muet, les rayons du soleil se faisaient durs sur une terre sans protection,  à bout de souffle. Le divorce entre le ciel et la terre était bien amorcé.

Jusqu’à la prise de conscience d’un homme, surnommé Sadhguru ou Jaggi Vasudev.  Décrit comme yogi et mystique par les journaux indiens, ce leader spirituel se voit comme « dévot de chaque créature de la planète ». Bienveillance charismatique, un turban, une volumineuse  barbe grisonnante et une maîtrise parfaite de l’anglais. Un sage comme on n’en trouve qu’en Inde, conscient que « l’arbre est la moitié de nos poumons ». Alors que l’équivalent du Portugal disparaît chaque année, son énergie a su convaincre des milliers de ses compatriotes à s’initier au jardinage.

En 2006, les équipes de Green Hands, épaulées de 260 000 volontaires, réussissent  le défi de replanter 850 000 jeunes arbres en une seule journée. L’évènement marque à la fois une action écologique d’envergure et une brillante opération publicitaire, puisqu’il est entré dans le livre des Records. C’est dire l’influence de sages comme Sadhguru à travers le sous-continent, dont la force et la volonté réveillent les masses mieux que n’importe quel leader politique chevronné.

L’arbre devient le meilleur atout des paysans

Au point que le projet dépasse bientôt les frontières et vient résonner dans des  oreilles étrangères. Celles de  Jacques Rocher, président d’honneur de la fondation Yves Rocher. Dans l’esprit de la marque de cosmétiques qui se veut proche de la nature, il affirme sa conscience écologique : «La nature est le futur de l’homme ». Devise ou slogan ? Peu importe. Il choisit d’allier le nom de la fondation au projet indien, en s’engageant à assurer la replantation de 15 millions d’arbres, s’inscrivant dans son propre projet de reboisement à travers plusieurs pays, avec 50 millions d’arbres d’ici 2015.

Les arbres, dit Sadhguru, contribuent au bien-être de tous. Le projet prévoit ainsi que les pépinières soient sous la responsabilité des enfants, qui ont pour rôle de les développer et de les protéger. Le monde paysan est bien sûr associé.Le modèle de monoculture intensive laisse  place à la polyculture où l’arbre est roi.En adoptant la monoculture, l'arbre était devenu le pire ennemi des fermiers, en plongeant ses racines dans les champs, en réduisant les surfaces agricoles. Il devient maintenant son meilleur atout. Car l'arbre permet d'éviter l'érosion des sols, il restaure la qualité de la terre, et l'ombre qu'il projette permet d'abriter de nouvelles cultures, du soja, des poivriers, des légumineux donnant jusqu'à quatre récoltes par an. Le tout en parfaite autosuffisance sans recourir aux pesticides. Mousson incertaine, sècheresse, les plantations de M. Sekar se trouvaient dans un état critique. Sur le point de vendre ses terres pour construire une manufacture, il rencontre l’ONG en 2009 et reçoit la charge de 600 arbustes : « J’ai ressenti un souffle de joie et beaucoup de bonheur à la vue de ces arbres en développement ».

Hommes et  arbres deviennent les réconciliateurs du ciel et de la terre. La déforestation, qui bat son plein de par le monde affecte directement le système hydrobiologique des régions : une des fonctions de la forêt est de produire les nuages à partir de l’évapotranspiration, mais aussi d’attirer les nuages et leur pluies. Avec ses millions d’arbres, peut-être qu’au Tamil-Nadu, de nouveau, le ciel prodiguera ses douceurs à la terre. Céline Chadelat

A lire : « L’homme qui plantait des arbres » de Jean Giono, illustré par Willy Glasauer (Folio)

www.projectgreenhands.org

www.yves-rocher-fondation.org


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