Les Kogis. Avec Eric Julien

Sauvé d’un œdème pulmonaire par les kogis alors qu’il découvre la Sierra Nevada, Eric Julien est devenu le principal interlocuteur entre la société kogie et l’Occident. Géographe et consultant en entreprise, il se décrit comme un «explorateur d’interstices ». Son association « Tchendukua », Ici et Ailleurs, s’emploie à restituer des terres aux Kogis, condition cruciale à leur survie.

Eric Julien : les kogis sont très forts

Santé Yoga : Quelle est la situation actuelle des Kogis ?

Eric Julien : Les Kogis représentent la dernière société pré-colombienne en état de marche avec  4000 ans d’antériorité. Ils ont résisté aux conquistadors, à la déforestation, aux pilleurs de tombes, au développement économique, notamment avec les puits de charbon. Bizarrement la présence des paramilitaires dans la jungle leur a été bénéfique, constituant un paravent  de sécurité très dissuasif. Depuis environ trois ans, la guérilla étant affaiblie, le tourisme se développe. C’est la principale menace pour eux. C’est pourquoi ils ont posté des villages de contrôle à l’entrée de chaque vallée.

S.Y. : En quoi le programme humanitaire de votre association est-il original au regard de ce qui existe aujourd’hui ?

E.J. : Deux mondes qui se rencontrent, cela demande beaucoup de temps. Toute la démarche a été réfléchie avec eux.  Par exemple, nous avons travaillé à la reconstitution d’un tissu forestier très riche puisqu’il est pensé à partir de leurs connaissances. Bien évidemment, le but est de conserver leur culture, tant qu’elle sera là, nous pourrons nous étonner de leur regard.

S.Y. : Leur regard a-t-il changé sur l’Occident ?

E.J. : Ils sont extrêmement conscients de ce qui se commet, ils voient les glaces sur les hauts de la Sierra disparaître.  Mais ils ne comprennent pas que l’on ne saisisse pas l’enjeu. Le corps humain est issu de la Mère Terre. On retrouve les éléments qui nous constituent dans la nature. Comme l’eau. Leur regard est sans jugement de valeur, juste incrédule, nous sommes leur « petit frère ». Simplement, ils questionnent sur le sens, dont notre société manque effroyablement.

S.Y. : Les codes moraux et spirituels des Kogis semblent éloignés des préoccupations des entreprises, comment parvenez-vous à les  réconcilier ?

E.J. : Pour qu’une organisation reste vivante, il faut être prêt à remettre en question nos fonctionnements. Et pour ce qui est de l’intelligence collective, les Kogis sont très forts. Cette maîtrise des règles du vivant explique peut-être pourquoi leur culture perdure depuis 4000 ans. A l’inverse, nos sociétés modernes s’organisent en créant des lois et des règles que nous changeons quand cela nous arrange, comme le capitalisme, le communisme ou le socialisme. Les principes sont pensés au service des projets et évoluent en fonction des besoins des hommes uniquement. Les Kogis ne comprennent pas ça. Leur univers, sur un plan social et politique, se structure à partir des lois de la nature et de leurs limites, que nous portons tous en nous.

o  Pour en savoir plus :

Sur les Kogis :

-  Soutenir l’association : www.tchendukua.com

Lectures :

-  Le Chemin des 9 mondes, Eric Julien, Albin Michel

-  Kogis, le message des derniers hommes, Eric Julien avec Gentil Cruz, Albin Michel


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